De l’ombre pour le jardin

L'ombre d'un arbre dans l'herbe

Dans des périodes caniculaires, la santé des plantes passe par la fraîcheur, qui n'est pas facile à trouver en plein mois d'août. Nous allons essayer ici de parler de l'ombre et de comment s'en servir au potager.

Un peu de théorie

Les plantes ont besoin de soleil pour fabriquer du sucre, c’est la photosynthèse ! La feuille prend du CO2 dans l’air, le mélange avec les rayons du soleil et bim ça fait du sucre qui est ensuite distribué partout pour faire pousser la plante, fabriquer des fleurs, des fruits, etc… Ce mécanisme est en réalité un petit peu plus complexe ! Et il arrive parfois, surtout quand il fait trop chaud, qu’à la place de prendre du CO2 la plante prenne de l’oxygène ! Et là c’est contre-productif car à la place de fabriquer du sucre la plante fabrique du glycolate, et ce truc est toxique pour elle, il lui faudra utiliser son énergie et donc ses sucres pour l’éliminer ! Donc on comprend que trop de chaleur et de soleil empêche la plante de se développer correctement. Lui offrir de l’ombre fait baisser la température et lui permet de continuer à se develloper normalement.

L’ombrage ralenti un petit peu la croissance et décale aussi un peu la date de de maturité des fruits. Ce qu’on gagne, ce n’est pas de la précocité, c’est une plante qui ne s’arrête pas de produire en pleine canicule, et des fruits qui ne brûlent pas.

Les arbres

Les arbres peuvent procurer de l’ombre et c’est idéal, mais ce ne sont pas tous les jardiniers qui ont la chance d’avoir des arbres de 50 ans dans leur terrain ! Si vous avez des arbres sur votre terrain, intercalez intelligemment les planches de culture pour profiter de l’ombrage naturel qu’ils procurent. L’idéal ce sont Les arbres à feuillage caduc, ceux qui perdent leurs feuilles en hiver et qui laissent passer le soleil en hiver. Et si vous avez la chance d’avoir de vieux et grands arbres, c’est encore mieux, car souvent le houppier est déjà assez haut. Le houppier, c’est toute la partie feuillue au-dessus du tronc. Si vous avez des abres dans le potager pensez à les élaguer chaques hivers en taillant systématiquement les branches basses afin de faire grimper le houpier!

Un cerisier dans un beau potager

Un jardin sous de grands arbres permet de casser le soleil de midi, tout en laissant venir le soleil du matin. Le soleil du matin, c’est le bon, il est doux, il réchauffe la plante et il relance la machine. Et puis dans un arbre on peut y accrocher une balancoire et les enfants peuvent y construire une cabanne et ça c’est un argument imparrable en faveur de l’arbre au jardin!

Mais il ne faut pas se méprendre, il est important que les plantes aient du soleil direct, les plantes potagères ne poussent pas à l’ombre ! Cultiver dans une forêt ne fonctionnera pas. Il faudrait idéalement que l’ombrage des arbres laisse passer le soleil tout en le « filtrant ». Quelques arbres dans le potager c’est une bonne solution, trop d’arbres ça devient contreproductif !

Les voiles d’ombrage

Les voiles d’ombrage ne font pas vraiment baisser la température ambiante, ils baissent la température de la plante elle-même. Ils coupent le rayonnement qui tape sur la feuille et sur le fruit, ils limitent l’évapotranspiration et évite les brulures sur les fruits. Les voiles d’ombrages coutent entre 1€ et 3€ le M2, ça se trouve en copérative agricole ou sur le net, les tarif en jardinerie sont parfois beaucoup trop cher. L’idéal est d’acheter ça à plusieurs car souvent les rouleaux sont trop grand pour un simple potager famillial. C’est assez robuste et ça tient une dizaine d’année en en prenant soin.

Un voile d'ombrage tendu sur une structure en bois

Il existe plusieurs types de voiles, et la couleur n’est pas anodine :

  • Les filets noirs, gris et blancs réduisent la quantité de lumière sans en modifier la composition, l’ombrage est neutre.
  • Les filets rouges, bleus, jaunes et perle modifient la composition rouge/bleu, c’est ce que l’on nomme l’ombrage photosélectif.
  • Effets documentés : vigueur végétative stimulée sous rouge et jaune, nanisme sous bleu et ramification accrue sous gris et perle.

Quel pourcentage choisir ? Tous les voiles d’ombrage ont un % d’ombrage (20 %, 35 %, 50 %, etc.) Plus le % est élevé est plus l’ombre est forte.

  • 30 à 35 % pour les légumes-fruits (tomates, poivrons, aubergines, concombres).
  • 40 à 50 % pour les salades, épinards d’été, jeunes semis et plants fraîchement repiqués.
  • Au-delà, on protège bien mais on ne récolte plus grand-chose. À réserver à du ponctuel, quelques jours le temps qu’un repiquage reprenne.
Un voile d'ombrage au dessus d'un potager

Attention si vous ombrez une serre ou un tunnel ! Le plastique du tunnel filtre déjà à lui seul environ 15 % de la lumière. Si vous ajoutez un filet 30 %, vous arrivez en réalité autour de 50 % de lumière en moins. Et avec un filet 50 %, vous montez à 65 %, et là ça pénalise franchement la récolte. Sous abri, prenez plus léger que ce que vous prendriez dehors.

Les structures : Il faut de quoi installer tout ça, et il est important de conserver un vide d’air entre les cultures et les voiles.

  • Pour des cultures basses (salade, radis, carottes, etc.) un vide d’air entre 30 et 50 cm est important. On peut utiliser des arceaux de tunnel de forçage, ou des fers à béton cintrés en arc de cercle et plantés dans le sol.
  • Pour les cultures plus hautes (tomates, aubergines, etc.) il faut entre 80 cm et 1 m de vide d’air. Il est possible d’utiliser des arceaux de serre reliés entre eux par des fils de fer. (Pas pour de la culture sous serre mais en plein champ : les arceaux ne tiennent que le filet.)

Bien évidemment ce sont des solutions qui ne s’adaptent pas à tous les jardins, il faut aussi s’adapter à ce qu’il y a dans l’environnement autour du jardin ! S’il y a un mur, des arbres, des poteaux, vous pouvez les utiliser pour fixer les voiles.

Attention au vent : Les voiles d’ombrage sont assez sensibles au vent et peuvent partir comme une voile de bateau ! Il peut être judicieux de faire des incisions régulières (en forme d’écaille de poisson) pour laisser passer le vent, et il faut bien les accrocher !

Quand poser, quand enlever : Posez le voile avant la vague de chaleur, pas pendant. Une plante déjà cuite ne récupère pas parce qu’on lui met de l’ombre le lendemain. Et surveillez vos plantes une fois le voile en place : si elles s’étirent, si elles se penchent vers les côtés éclairés, ou si le sol reste humide beaucoup plus longtemps que d’habitude, c’est qu’elles ont trop d’ombre. Allégez ou enlevez !

Pour la culture sous serre

Il est possible, grâce au blanc de Meudon, de blanchir le plastique des serres, c’est assez efficace et ça fait baisser significativement la température. Il est important d’ouvrir le plus possible sa serre pour avoir une bonne circulation d’air, le blanchiment ne remplace pas l’aération.

Une serre de maraichage blanchie a la chaux

Nous avons fait pas mal d’essais, voilà notre retour. Le blanc de Meudon est un genre de plâtre qui se dilue dans l’eau (comptez 2 à 3 volumes de poudre pour 1 volume d’eau) et se passe au pulvérisateur. Ça se passe normalement à l’extérieur de la serre, mais ça part avec les pluies, il faut en repasser après chaque averse. Il existe des trucs plus résistants, des peintures pro qui tiennent toute la saison, mais leur composition n’est pas top, elles comportent des résines plastiques et d’autres joyeusetés ! (Nous ne voulons pas de ça dans nos jardins.)

Le blanc de Meudon coûte un peu cher, nous avons donc essayé la chaux et ça marche pas mal, et c’est beaucoup moins cher. Attention à bien prendre de la chaux aérienne éteinte (type CL90) et surtout pas de la chaux hydraulique. La recette traditionnelle des maraîchers, c’est 1 kg de chaux aérienne éteinte et 10 cl de lait entier pour 10 litres d’eau. Le lait sert de liant, c’est la caséine qui fait tenir le badigeon.

Et ce que nous faisons maintenant : nous passons le blanc de Meudon à l’intérieur de la serre ! C’est plus simple à appliquer et ça ne part pas à la moindre pluie. Par contre il faut penser à le rincer (avec un tuyau d’eau) en fin de saison pour que plus de lumière passe en hiver. À noter quand même, en toute honnêteté : appliqué à l’intérieur, le rayonnement a déjà traversé le plastique, donc une partie de la chaleur est déjà entrée. C’est sûrement un peu moins efficace que dehors, mais nous n’avons pas mesuré la différence au thermomètre. Ce qu’on gagne en simplicité, on le perd peut-être un peu en efficacité, à vous de voir.

Les treilles végétales

Une treille végétale, c’est une solution très sympa, surtout pour un petit potager. Il faut faire une bonne structure, en bois, en bambou ou même en ferraille si vous maîtrisez la ferronnerie. Prévoyez large et solide : une grimpante bien installée, ça pèse lourd au bout de quelques années, et une treille qui s’écroule sur les salades, c’est dommage !

Une treille végétale avec des courge qui courent dessus

Montez-la assez haut, 2,20 m minimum, et 2,50 m si vous pouvez. Ça permet de circuler dessous sans se prendre la structure dans la tête, mais surtout ça laisse l’air circuler. Une treille trop basse, c’est comme un voile posé à même les cultures : ça enferme, ça ne ventile plus, et ça peu rammener de l’oïdium.

Mais l’important, c’est les plantes que vous allez y faire grimper ! Car il faut faire attention à ce que la verdure qui y pousse ne soit pas trop opaque.

Il faut absolument éviter les plantes à feuillage persistant. Le jasmin étoilé, le chèvrefeuille persistant, le lierre, l’akébia (qui reste vert chez nous dans le sud) : ces plantes-là vont vous priver de lumière toute l’année, y compris en plein hiver, quand vous en avez le plus besoin.

Et pour les plantes à feuillage caduc, il faut s’assurer qu’elles ne deviennent pas trop denses. Le kiwi, par exemple est une fausse bonne idée : ses feuilles sont énormes, il fait de l’ombre quasi totale en dessous, et en plus c’est une plante très gourmande en eau. Planter une plante gourmande en eau pour lutter contre la sécheresse, c’est pas terrible! Même chose pour la glycine, magnifique mais beaucoup trop couvrante, et en plus elle finit par démolir les structures en les enserrant.

La vigne. C’est une bonne candidate, elle a le bon calendrier. Elle débourre tard, donc elle vous laisse le soleil du printemps pour vos premiers semis, elle est en pleine feuille pendant les grosses chaleurs, et elle jaunit et tombe en octobre. Le calage est pas mal. Et surtout vous la réglez comme vous voulez à la taille et en effeuillant. Par contre elle peut rammener de l’oidium et du mildiou si la saison est humide…

On peut aussi y faire pousser des annuelles, et c’est une super option parce que ça n’engage à rien : si l’emplacement ne va pas, vous changez l’année d’après ! Les ipomées, les courges, les gourdes, les haricots grimpants, les poc-poc… enfin il en existe plein ! Les haricots à rames et le haricot d’Espagne sont particulièrement bien, ils filtrent joliment, ils ne concurrencent pas beaucoup, ils fleurissent rouge et ça attire les pollinisateurs. Attention quand même au poids des courges et des gourdes sur la structure.

Une petite astuce du futur : vous pouvez mesurer le taux d’ombrage de votre treille avec votre smartphone grace à une appli luxmètre, une mesure en plein soleil, une autre en dessous au même moment, et vous avez votre pourcentage. Comme ça vous pouvez comparer avec les chiffres qu’on a donnés plus haut pour les voiles, et savoir si vous êtes plutôt à 30 % ou à 70 %.

C’est un très beau projet une treille, et ça nous ferait presque regretter d’avoir d’immenses jardins !

Des astuces qui fonctionnent bien

Si vous avez du voile d’hivernage (P17 ou autre), même si ce n’est pas l’idéal, ça fonctionne bien et c’est toujours mieux que le soleil brûlant ! Sinon des draps, simplement des draps blanc sont des solutions de débrouille qui fonctionnent aussi très bien! Et il existe une multitude de voiles d’ombrage en lin, en chanvre ou en cordes tressées, c’est vraiment super et très beau en plus d’être recyclable, mais les tarifs sont assez haut!

un bon vieux drap en guise de voile d'ombrage
Utiliser un drap pour s’en servir de voile d’ombrage est une bonne idée

Les voiles d’ombrage rouges (photosélectifs) sont difficiles à trouver, surtout en petite quantité. Ils peuvent être remplacés par du tulle rouge trouvable en mercerie, en double ou triple épaisseur, et ça donne de très bons résultats !

La canisse est aussi un bon matériau pour faire de l’ombrage (assez puissant), c’est costaud, assez résistant au vent et très beau ! Et puis pour les semis, une bonne vieille cagette en bois retournée est très efficace et facilement trouvable.

Des cagettes por faire de l'ombre aux semis

Le kaolin

Appelé aussi argile kaolinique, il est commercialisé sous forme de poudre à diluer à environ 5 % dans l’eau et à pulvériser sur le feuillage. Il forme un film blanc qui renvoie le rayonnement, ça fait diminuer la température sur les feuilles et ça repousse le seuil de fermeture stomatique. C’est assez contraignant car il faut repasser tous les 10 jours environ, et ça s’érode avec la pluie et le vent.

du kaolin sur des fruit
Mettre du kaolin sur les plantes les protège du soleil

Mais surtout, il y a deux choses à savoir avant de vous lancer, parce que le kaolin n’est pas gratuit :

  • On ne traite jamais pendant la floraison. Le kaolin gêne les abeilles et les pollinisateurs, et c’est un problème sérieux si vous voulez des fruits, et encore plus si vous faites vos graines.
  • Il perturbe les typhlodromes, qui sont les prédateurs naturels des araignées rouges. Donc en protégeant vos plantes du soleil, vous pouvez involontairement favoriser une explosion d’acariens. C’est un choix à faire en connaissance de cause!

Les associations de cultures

Il est assez malin d’alterner des cultures hautes (maïs, tomate, tournesol, sorgho) et des cultures basses qui craignent le soleil (salades, épinards d’été, radis, persil). Mais il y a une règle à respecter, sinon ça ne sert à rien : les plantes hautes se plantent au sud ou à l’ouest des plantes fragiles, et les fragiles se retrouvent au nord ou au nord-est, dans l’ombre portée.

Du maïs au millieu de plan de courge

Un truc amusant d’ailleurs : le maïs et le sorgho, qui sont nos meilleurs faiseurs d’ombre, sont des plantes dites en C4. Elles ont justement un mécanisme interne qui leur évite le problème de photorespiration dont on parlait plus haut. Autrement dit, la plante qui vous fait de l’ombre est celle qui en a le moins besoin. C’est bien fait !

Et même si vos méthodes de culture vous le permettent, n’hésitez pas à mélanger tout ça. Des maïs ou du sorgho plantés par-ci par-là dans les courges leur feront de l’ombrage aussi. Ce sont des petites choses, mais assez intelligentes !

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