Pollinisation par piston

photo d'un bourdon sur une fleur de tomate

mécanisme par lequel une fleur pousse son propre pollen hors d'un tube, au lieu de le laisser simplement à disposition de l'insecte. Les botanistes parlent aussi de présentation secondaire du pollen

Pollinisation par piston : mécanisme par lequel une fleur pousse son propre pollen hors d’un tube, au lieu de le laisser simplement à disposition de l’insecte. Les botanistes parlent aussi de présentation secondaire du pollen : le pollen n’est plus offert là où il a été fabriqué, il est déplacé ailleurs sur la fleur avant d’être proposé au visiteur. Le style joue le rôle du piston, les anthères soudées celui du cylindre.

Comment ça marche chez les composées

Sur une fleur de chicorée, de laitue ou de salsifis, il faut regarder une des petites fleurs du capitule. Les cinq anthères sont soudées en un tube fermé, et le style est au milieu, encore court. Le pollen est libéré à l’intérieur de ce tube, avant même que la fleur s’ouvre.

Ensuite le style s’allonge. Il monte dans le tube et pousse le pollen devant lui, exactement comme un piston dans son cylindre. Le pollen ressort par le haut, retenu par de petits poils raides que porte le style. Il se retrouve présenté en évidence, à l’endroit précis où l’insecte va se poser.

Le stigmate, lui, n’est pas encore prêt. Ce n’est qu’après, quand le pollen est parti, que les deux branches du style s’écartent et deviennent réceptives. La fleur est donc d’abord mâle, puis femelle, ce qui s’appelle la protandrie.

Les campanules font la même chose avec une variante : leur style est couvert de poils collecteurs qui retiennent le pollen, puis se rétractent une fois le pollen emporté.

L’autre piston, celui des fabacées

Chez le lotier, la luzerne ou le genêt, le mécanisme ressemble mais la force ne vient pas de la plante, elle vient de l’insecte. Le pollen est enfermé dans la quille, cette pièce en forme de coque à la base de la fleur, avec les étamines soudées en colonne à l’intérieur. Quand une abeille assez lourde se pose et appuie, la colonne coulisse et le pollen est expulsé par le bout de la quille, en jet, sur le ventre de l’insecte.

Chez la luzerne (Medicago sativa), c’est brutal : le mécanisme se détend d’un coup et frappe l’abeille. Les abeilles domestiques apprennent d’ailleurs à contourner la fleur pour éviter le coup, ce qui les rend nettement moins efficaces que les abeilles sauvages sur cette culture.

Ce que ça change pour les graines

Ce mécanisme est fait pour favoriser la fécondation croisée : le pollen est présenté avant que la fleur soit réceptive, donc il part ailleurs. C’est le cas du tournesol, qui est en plus auto-incompatible.

Mais il a une faille, et elle arrange bien le semencier. Chez la laitue (Lactuca sativa), les branches du stigmate s’écartent en se recourbant, et en se recourbant elles viennent toucher les poils du style où traîne encore du pollen de la même fleur. La laitue se féconde donc elle-même, très régulièrement. C’est pour ça qu’on peut récolter des graines de plusieurs variétés de laitue proches les unes des autres sans voir les croisements s’emballer, alors qu’avec des chicorées, il faut isoler.

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