La corète potagère, parfois appelée molokhia, est une plante incroyable ! Elle rivalise avec l’épinard : si ce dernier aime le frais et l’humidité, la corète préfère le sec et la chaleur. Ses feuilles tendres sont utilisées comme légume-feuille et font déjà partie de l’alimentation de nombreux pays. Un plat bien connu au Maghreb porte d’ailleurs son nom : la molokhia.
Cette plante est riche en nutriments et considérée comme un super-aliment. Et ce n’est pas tout ! Grâce à la fibre de ses tiges, on fabrique la fameuse toile de jute. C’est aussi une plante médicinale et mellifère !
Description
La corète potagère (Corchorus olitorius), jute rouge, jute potager ou molokheya (selon les régions), est une plante herbacée de la famille des Malvaceae. Plante annuelle dressée de 0,5 à 1,5 m, parfois plus de 2 m sous culture intensive. Les feuilles sont lancéolées et dentées, vert foncé, et les fleurs, jaunes, petites et solitaires. Le fruit est une capsule cylindrique contenant de nombreuses graines grisâtres pyramidales.
Comment cultiver la corète potagère
La corète potagère est une plante qui aime la chaleur ; réservez-lui un coin bien ensoleillé du potager.
- Comment semer la corète : Les graines de corète se sèment de mars à mai sous abri. Une technique de levée de dormance consiste à les tremper dans de l’eau chaude (70 °C) pendant 15 secondes, puis à les laisser tremper dans de l’eau tiède (25 °C) pendant 5 minutes. Cette méthode assure une levée impeccable. De notre côté, nous la cultivons sans utiliser cette méthode (et ça fonctionne assez bien sans !). Cette plante a néanmoins besoin d’une température ambiante assez élevée pour germer, entre 25 °C et 35 °C. Si vous voulez démarrer les semis précocement, il faudra les faire germer à côté d’un radiateur ou sur un tapis chauffant. Il est toutefois possible de les faire germer une fois que la température extérieure est assez chaude (mai-juin). Vous pouvez les cultiver en caissette ou en godet et les repiquer dès que la plante possède deux vraies feuilles. Un semis en pleine terre est envisageable si vous êtes dans une région chaude.
- Culture de la corète : Les plants doivent être espacés en tous sens (ou sur une ligne) de 15 à 20 cm. Une fois en place, pensez à bien pailler et à maintenir le sol humide. La corète potagère pousse vite et se récolte rapidement.
- Type de sol et exposition : La corète potagère aime les climats chauds (entre 25 °C et 37 °C). Elle apprécie un coin bien ensoleillé du jardin et n’aime pas du tout pousser à l’ombre. Elle préfère les sols bien drainés et légèrement acides. En revanche, elle redoute le froid ainsi que les excès d’eau ou les sols gorgés d’eau.
- Comment récolter les feuilles de corète : La récolte intervient environ 30 à 45 jours après semis. Les jeunes feuilles et les tiges apicales (10–15 cm) sont cueillies régulièrement, avant floraison. La récolte successive stimule une nouvelle croissance et peut s’étendre sur 2 à 3 mois. On peut aussi sécher les feuilles à l’ombre pour un usage prolongé (forme utilisée pour la molokheya en poudre).
- Conseil de culture : Nous habitons dans les Cévennes, donc niveau soleil, on est servi ! Les corètes chez nous se comportent très bien et nous n’arrosons pas beaucoup. Nous avons trouvé que c’est une plante très facile à cultiver. Elle serait sensible au mildiou, mais comme sa culture (et sa récolte) se fait avant la fin de saison, nous n’avons pas observé de maladies.
La corète potagère, une plante-légume
Les feuilles constituent un légume-feuille mucilagineux très prisé. Elles sont utilisées pour préparer des soupes épaisses comme la molokheya égyptienne ou le lalo africain. Longtemps réservé aux classes royales dans la tradition égyptienne, ce plat s’est diffusé à l’ensemble des populations du Proche-Orient. Voici une recette de molokheya que nous avons trouvée sur un petit blog sympa.
Les feuilles, riches en mucilage, contiennent de l’eau (environ 82–87 %), des protéines (environ 4,5 g/100 g), du calcium, du fer, des vitamines A et C, et de nombreux antioxydants naturels, dont l’acide caféoylquinique et des flavonoïdes. Ces éléments expliquent sa place traditionnelle dans l’alimentation et la pharmacopée populaires africaines et arabes.
Histoire et origines de la corète potagère
L’origine géographique du Corchorus olitorius demeure débattue. Certains auteurs la placent en Inde, d’autres en Afrique de l’Ouest ou dans une zone de coévolution afro-asiatique. Les populations sauvages les plus nombreuses se trouvent en Afrique, tandis que l’Inde présente une diversité secondaire liée à sa domestication ancienne.
La plante est aujourd’hui répandue dans toutes les zones tropicales et subtropicales du globe. Elle fut introduite au Maghreb, en Arabie, au Brésil, au Pérou, à Cuba, ainsi que dans plusieurs îles de l’océan Indien (La Réunion, Maurice). En France, elle fut utilisée comme plante textile et alimentaire jusqu’au XVIIIᵉ siècle avant de tomber en désuétude.
Anecdotes historiques
- Selon la tradition égyptienne, seuls les pharaons pouvaient consommer la molokheya avant que le plat ne se démocratise à l’époque fatimide.
- En France, elle aurait figuré dans certains anciens catalogues horticoles sous le nom de « mauve de Syrie » ou « jute rouge » avant 1800.
La corète, la plante dont on fait la toile de jute
Le Corchorus olitorius, aussi appelé jute rouge, représente avec Corchorus capsularis (jute blanc) l’une des deux espèces majeures utilisées pour la confection de la toile de jute.
La culture du jute, et particulièrement du Corchorus olitorius, s’est développée dès l’époque médiévale dans le delta du Gange et du Brahmapoutre, notamment au Bengale. Dès le XVIIIᵉ siècle, les premiers lots de fibres furent exportés vers l’Europe. L’industrie s’est ensuite établie à Dundee, en Écosse, dès les années 1820, puis en France, où le jute était filé dans les mêmes filatures que le chanvre et le lin. Aujourd’hui, le Corchorus olitorius est la seconde source mondiale de fibres végétales après le coton, avec environ 3 millions de tonnes par an ! Principalement produites en Inde et au Bangladesh.
C’est passionnant ! Cette matière végétale est certainement un héritage du passé qui pourrait bien devenir, dans un futur joyeux, l’une des alternatives au plastique.
Si vous êtes intéressés par la jute, voici un très bon site qui explique en détail sa fabrication : blog.artapisserie
Et un autre lien pour les anglophones qui voudraient tisser eux-mêmes de la toile de jute : ecocraveworld
Origine de son nom savant
Le nom scientifique Corchorus olitorius vient du grec ancien κόρχορος (korkhoros), mot employé par Pline l’Ancien pour désigner une herbe potagère consommée en Égypte. Linné reprit ce terme en 1753 pour nommer le genre Corchorus.
L’épithète latine olitorius signifie « du potager » ou « utilisé comme légume », dérivé de olus (« herbe comestible »).
Le mot français corète (ou corette) est une simple adaptation phonétique du latin corchorus, entrée dans la langue botanique au XVIIᵉ siècle.








